Il faut que je vous relate un fait assez cocasse qui m’est arrivé au magasin.

Un couple de quadragénaires arrive dans le magasin et se dirige vers les murs couverts de lunettes pour admirer comment elles étaient propres nettoyées par mes soins.

Le monsieur avec des airs d’Alfred Molina, et la madame grande blonde et à mon avis pas française.

Moi, avenante et polie, je m’approche discrètement mais pas trop et leur pose la question fatidique « bonjour messieurs-dames, puis-je vous renseigner ? ». Je sais, il ne faut pas poser des questions fermées (qui attendent un oui ou un non bande d’ignares), mais ouvertes pour faire parler le client.

Sauf que je n’allais pas leur demander « que puis-je pour vous » vu qu’ils étaient déjà entrain de lorgner les montures sans rien me demander.

Bref.

La dame me répond donc qu’elle cherche une monture de lunettes (comme quoi une question fermée peut amener une réponse ouverte, na). Tout ça avec une pointe d’accent tellement légère que je n’ai pas su dire d’où il venait.

Je lui demande de développer genre « avez vous une idée de ce que vous cherchez ? ».

Et là elle me sort la perle de la semaine : « Oui alors je cherche quelque chose de tendance vous voyez mais pas les tendances de maintenant qui vont se terminer, plutôt les tendances qui vont démarrer ».

Soit, mais alors c’est pas encore sortit madame. Y’a des limites à l’avant-gardisme.

Voyant qu’elle lorgnait sur les grandes montures, on est parti là dessus, sachant que bien sur les petites lunettes ça fait tellement longtemps que c’est à la mode que c’est old-fashioned maintenant. Comme elle veut.

On est parti pour essayer tout le rayon Chanel, quand j’ose lui proposer une monture Bulgari très chère parce que les montures très chères vont être à la mode.

La monture très chère lui va très très bien. Vraiment. Pas seulement parce qu’elle est très très chère.

La madame et le monsieur la trouvent très belle la monture très très chère.

Jusqu’à ce qu’ils voient le prix.

J’étais très déçu, je ne pensais pas qu’ils s’arrêteraient à ce genre de détails.

Et puis ils sont partis, emportant avec eux le souvenir d’une Chanel qui leur plaisait.

Dommage.